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13 juillet 2009 1 13 /07 /juillet /2009 10:48

Des ouvriers menacent de faire sauter leur usine

 

dimanche 12 juillet 2009, 22:36

 

Des salariés d’un fabricant de pièces pour l’automobile en liquidation judiciaire, menacent de faire sauter leur usine du centre-ouest de la France s’il n’obtiennent pas d’indemnités des groupes PSA et Renault. Ils affirment avoir placé des bouteilles de gaz dans les bâtiments. 

© AFP.

Les 366 salariés de New Fabris à Chatellerault réclament le versement de 30.000 euros d’indemnités par employé à leurs ex-principaux clients, les constructeurs automobiles PSA et Renault.

 

« Les bouteilles de gaz sont dans l’usine. Tout est prévu pour que ça saute” en l’absence d’accord au 31 juillet, a déclaré à l’AFP Guy Eyermann, délégué CGT. « On ne va pas laisser PSA et Renault attendre août ou septembre pour récupérer les pièces en stock et les machines encore dans l’usine (...) Si nous, on n’a rien, eux n’auront rien du tout”, a poursuivi M. Eyermann.

 

Les salariés de New Fabris occupent en permanence l’usine, qui travaillait à 90% pour Renault et PSA, depuis sa mise en liquidation judiciaire le 16 juin qui a entraîné 366 licenciements.

 

Pour tenter de négocier cette indemnité, environ 150 salariés se sont rendus mardi à la direction de PSA et une délégation similaire se rendra à la direction de Renault jeudi prochain, a indiqué M. Eyermann.

 

Les salariés ont également rendez-vous au ministère français de l’Emploi le 20 juillet. “On va demander au ministère de faire pression sur PSA et Renault qui ont reçu des aides de l’Etat”, a-t-il ajouté.

 

Pour réclamer cette indemnité de 30.000 euros, les salariés se basent sur les sommes versées selon eux par Renault et PSA à quelque 200 salariés licenciés du groupe Rencast, autre sous-traitant automobile.

 

La valeur des pièces fabriquées et stockées dans l’usine est estimée par les constructeurs automobiles à 2 millions d’euros. L’usine abrite également une machine neuve de Renault estimée aussi à 2 millions d’euros, selon le représentant syndical.

 

Les plans sociaux se sont récemment accumulés chez les fournisseurs de l’industrie automobile en France, asphyxiés par le plongeon des ventes de véhicules.

 

(afp)

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11 juillet 2009 6 11 /07 /juillet /2009 13:01

Pensées hors de saison : critique de la gauche européenne (Palestine Think Tank)

vendredi 10 juillet 2009 (13h51)

de Hisham BUSTANI

La Gauche, un peu partout sur la planète, est en mouvement : en pleine progression dynamique dans certaines régions, en chute libre dans d’autres. En Amérique du Sud, elle poursuit sa courbe ascendante. Cela est également manifeste dans certaines régions éloignées d’Asie comme le Népal, où les Maoïstes ont réussi à renverser démocratiquement la royauté après des années de révolution armée. (1) Dans certaines régions de l’Inde, la gauche a conquis le pouvoir exécutif. De leur côté, la gauche militante de Colombie (FARC), celle des Philippines ( Parti Communiste Philippin ) et celle du Mexique (EZLN) sont toujours à la fois efficaces et influentes. Pour sa part, la gauche arabe semble repliée dans son cocon, marginale et peinant à se sortir d’une série de crises. (2)

En Europe, cependant, la gauche offre toutes les apparences d’une détérioration continue, beaucoup de ses plus grandes organisations (les partis travaillistes et sociaux-démocrates) ne sont plus de gauche : elles ont adopté des politiques d’économie libérale, rogné les acquis sociaux (santé, éducation, logement), réduit les libertés publiques et embrassé aveuglément la voie américaine – brutale incarnation du capitalisme néolibéral et de son entreprise de subordination du monde par la force. Ce bref essai fait part de quelques réflexions sur la gauche européenne, vue de mon propre point d’observation, à l’est du monde arabe.

L’Europe et sa gauche : deux expressions de la même crise

La crise de la gauche en Europe est une des expressions de la crise de l’Europe elle-même.

Quand on parle de la gauche européenne, il faut spécifier qu’on se réfère à ces groupes et partis encore axés sur un programme socialiste et une certaine justice sociale, c’est-à-dire aux partis communistes d’Europe et à ceux qui se situent à leur gauche. Les partis travaillistes et sociaux-démocrates ne sont plus de gauche, ni en théorie ni en pratique. Certains peuvent être même considérés comme entièrement de droite.

L’Europe était fière d’une longue histoire de libertés, de droits humains et d’états fondés sur le règne des lois, fière d’avoir été en première ligne dans la défense contre le Nazisme et le fascisme, fière d’avoir défait le Nazisme, le fascisme et l’idéologie humainement dégradante qu’ils représentaient, et fière aussi de son modèle économique : un modèle capitaliste, mais assorti de suffisamment de socialisme pour avoir atteint une certaine forme de bien-être social..

Toute cette histoire-là s’est écroulée sous les coups de boutoir des Anglo-américains vers toujours plus de néo-libéralisme. Le programme Reagan-Thatcher de dérégulation-privatisation a eu tôt fait de balayer de bout en bout le vieux continent, dès l’effondrement de l’Union soviétique et du bloc socialiste.

Alors, tandis que Washington se servait du 11 septembre comme prétexte pour anéantir les constantes relativement stables des libertés publiques et des droits humains, l’Europe s’est lancée tête baissée dans la même voie, en promulguant des lois « antiterroristes », en dressant des listes noires, en facilitant les « vols secrets » de la CIA et les enlèvements suivis de livraisons extrajudiciaires de personnes, en mettant à la disposition de cette même CIA des prisons également secrètes, et en opprimant les organisations politiques et les individus de la gauche intransigeante restés fidèles à un socialisme révolutionnaire et persistant à soutenir les luttes de libération dans le monde.

L’illusion de la neutralité des lois et de la « démocratie » de l’état

Un des principaux problèmes de la gauche européenne est qu’elle continue envers et contre tout à nourrir l’illusion que l’état européen, avec sa sécurité et ses corps tant exécutifs que judiciaires, est un état neutre, un état équidistant de toutes ses composantes.

Tout état est l’expression des intérêts d’une classe, l’expression d’un manque de neutralité en faveur de la classe dominante. Compte tenu de ces paramètres, la totalité du processus (des lois aux institutions) est déterminée en fonction des intérêts de cette classe, et le processus devient d’autant plus âpre que la classe dominante est fondamentalement néo-libérale et porteuse d’un projet d’hégémonie transnationale.

La gauche européenne ne veut pas admettre que l’état de droit s’est effondré en Europe et que la classe dont l’état représente les intérêts est en train de l’emporter sur tout cela. Les démocraties bourgeoises au sein desquelles la gauche européenne a fonctionné, en s’arrangeant pour se persuader qu’elles étaient de vraies démocraties ouvertes à des changements réels, n’étaient rien en réalité qu’un système de prévention du socialisme : moins coûteux pour l’état capitaliste que l’affrontement avec des troubles sociaux toujours susceptibles de s’enraciner au coeur de cet « autre pôle » : l’Union soviétique.

Celle-ci disparue, il n’était plus nécessaire de supporter un tel coût. Ces états basés sur les droits civils et le respect des lois ayant cessé d’être profitables, on est en train de s’en débarrasser à une vitesse extraordinaire : en France, de nouvelles lois sur le travail et la sécurité sociale ont jeté dans la rue d’énormes manifestations d’étudiants et de salariés, tandis que des propositions d’amendements constitutionnels en vue de privatiser le système d’éducation en Grèce ont provoqué les mêmes réactions. Au plan des libertés individuelles, les militants de gauche sont quotidiennement arrêtés, traînés devant les tribunaux et condamnés. Dans ce cas sont les procès à répétition faits au militant Bahar Kimyongür et à ses amis en Belgique (3), le procès fait à la Ligue Arabe Européenne (4) et à ses militants Dyad Abou-Jahjah et Ahmad Azzuz (5), les poursuites engagées contre le (nouveau) Parti Communiste Italien (nPCI) et contre les Comités de Soutien à la Résistance – pour le Communisme (CARC) en Italie (6) et la condamnation, au Danemark, des militants qui vendaient des T-shirts au logo des FARC et du FPLP (7 ).

Tous ces exemples prouvent l’accélération de l’intolérance de l’Europe à l’égard d’individus et d’organisations qui soutiennent les luttes de libération et contre l’oppression, qui sont opposés à l’interventionnisme militaire ou politique et à l’impérialisme.

La gauche militante au Pays Basque constitue une exception tranchée et fournit l’illustration de la brutale détérioration des choses en Europe : a – elle est une exception par rapport au reste de la gauche européenne en ce qu’elle maintient sans concessions son militantisme et son radicalisme, sans pour autant perdre son assise populaire, prouvant par là leur absence partout ailleurs. Et b – elle prouve l’intolérance de l’état « démocratique » européen envers tout mouvement dont l’action a pour but de provoquer des changements concrets dans les relations de pouvoir, les structures économiques et le cadre politique dans lequel elles s’insèrent. À l’opposé des autres gauches européennes, la gauche basque est restée militante et anti-système par son insistance à vouloir se détacher de l’état espagnol (les partis qui ont inscrit l’indépendance du Pays Basque à leur programme continuent de recevoir le soutien de 60% de l’électorat), par son insistance à affirmer que l’indépendance n’est possible que dans un modèle socialiste, et qu’à son tour le socialisme n’est possible que si le droit à l’autodétermination est garanti, et finalement, par sa persistance à ne pas condamner la « lutte armée », la considérant donc comme une option valable dans la poursuite d’un cadre démocratique garant du droit à l’autodétermination et à une possibilité réelle de défendre toutes les idées politiques, y compris la création d’un État Basque indépendant, si tel est le voeu de la majorité de ceux qui y vivent. Dans un état démocratique, le droit fondamental à l’autodétermination doit être hautement respecté et maintenu, mais les organisations basques de gauche qui poursuivent un tel but sont tout simplement mises au ban et criminalisées par l’état, au moyen de lois « anti-terroristes » et de toutes les actions offensives que celles-ci permettent, elles sont ostracisées par les organisations politiques « conformes » (y compris par celles dites de gauche).

Le droit, en société capitaliste, est un outil pragmatique, à l’usage sélectif et flexible de la classe dominante. À présent, il ne sert plus de garantie contre les explosions sociales comme ce fut le cas pendant la Guerre Froide et il n’est plus l’incarnation de la liberté et de l’égalité, comme il fut censé l’être au stade initial des révolutions bourgeoises.

Avec le déchaînement des lois « antiterroristes » et des listes noires, on est en train de réécrire le droit européen pour l’ajuster à l’ère nouvelle. La gauche européenne est incapable de s‘opposer à ce processus, puisqu’il est mis en oeuvre par ces mêmes institutions non-neutres (parlements locaux, Parlement Européen, Union Européenne) qu’elle estime constituer un terrain adéquat pour le « jeu démocratique ».

Il serait temps que la gauche européenne comprenne que « droit » et « démocratie » (tels que définis par ses antagonistes) sont des termes et des mécanismes fallacieux. Elle ne peut à la fois jouer à ce jeu truqué et exister en tant que gauche.

Les lois sont des outils mis au service d’un intérêt, d’une valeur ou d’un droit. Elles ne constituent pas une valeur en soi, non plus qu’elles ne sont justes du seul fait d’être énoncées dans un langage mesuré et d’avoir passé par les chicanes du formalisme. Les systèmes de lois reflètent généralement la volonté de la classe dominante ; elles sont l’expression – ou si on veut l’incarnation - de ses intérêts ; elles ne sont pas des évangiles. La gauche ne reconnaît aucune présence ultra-critique (divine par ex, NdT) à propos de n’importe quels textes ou institutions. Pourquoi, alors, se plie-t-elle, en Europe, aux nouvelles règles du jeu capitaliste néo-libéral formulées en termes de lois ?

Une gauche subconsciemment suprémaciste

Le deuxième problème de la gauche européenne est sa tendance à regarder de haut les autres gauches de par le monde et particulièrement dans ce qu’il est convenu d’appeler le Sud. Elle prétend imposer ses vues et sa compréhension à des luttes et à des solutions qu’elle n’apprécie peut-être pas bien, en contradiction évidente avec l’ABC de la dialectique et de l’objectivité.

Elle a déployé de grands efforts pour créer ou sponsoriser des groupes politiquement et idéologiquement subordonnés, remake, dans une mise en scène nouvelle et à moindre échelle, de l’expérience soviétique et des relations jadis entretenues par l’URSS avec les partis de gauche, communistes et autres, un peu partout sur la planète (expérience, on en conviendra, dévastatrice).

Est-il possible de dire qu’il y a des précipitations subconscientes de racisme et de chauvinisme dans les organisations et les individus de la gauche européenne ? Comment expliquer, sinon, sa très forte prise de position en soutien aux énormes manifestations « blanches » qu’ont suscitées, début 2006, les amendements projetés aux lois du travail, alors que la même gauche s’était contentée de considérer avec éloignement les « émeutes basanées » des faubourgs parisiens et autres lieux de France à l’automne de 2005, c’est-à-dire à peine quelques mois plus tôt ? Beaucoup de mes amis européens reconnaîtront qu’il y avait dans cette différence d’attitude un racisme latent.

Ceci est prouvé par un autre exemple encore : la gauche européenne tient à promouvoir sa propre façon de voir le conflit arabo-sioniste et sa « résolution ». Résultat de sa honteuse acceptation des précédentes implantations coloniales dans les vastes territoires peuplés de nations indigènes et néanmoins colonisés par l’Europe de l’Ouest qui sont devenus les États-Unis d’Amérique, le Canada, l’Amérique du Sud, l’Australie, l’Afrique du Sud (pourquoi du Sud seulement ?, NdT), etc., la gauche européenne a du mal à accepter que la seule solution à la colonisation est la décolonisation, et non pas la « naturalisation ».de la colonie. La solution inéluctable et nette à l’occupation nazie de la France fut l’élimination complète de cette occupation, sans tant de questions oiseuses. Il n’en est pas allé de même, à vrai dire, pour l’occupation de l’Afrique du Nord, à la fin de cette Deuxième Guerre Mondiale, comme on l’a bien vu avec l’Algérie (rappelons-nous la honteuse position du P. C. F. vis-à-vis de l’impérialisme français – (8) ), et comme on le voit encore présentement avec la Palestine.

Qu’elle préconise une solution « à deux états » ou une solution « à un seul état démocratique » (seules solutions envisageables à ses yeux), et que, ce faisant, elle néglige complètement les réalités objectives et les mécanismes de l’affrontement, la gauche européenne veut, dans les deux cas, fourguer de force aux Arabes la politique qu’elle désire, à savoir le maintien de la colonisation d’une terre arabe, au titre du « retour légitime du peuple juif dispersé sur sa terre d’origine ». Qu’importe que le caractère mythique du sionisme soit exposé et l’existence même d’un peuple juif vigoureusement remis en question par l’historiographie révisionniste de l’État d’Israël (9), pour les élites dominantes de l’Europe et pour une grande partie de sa gauche organisée, le problème de la Palestine n’est désormais plus une question de juste et d’injuste, ni de colonisation illégitime, ni d’enclave abusive dans la terre de quelqu’un d’autre, ni d’une lutte majeure et même classique avec l’impérialisme occidental et ses diverses manifestations. Non, la Palestine n’est plus, à présent, qu’un conflit « localisé », ne requérant que de bénignes mesures « localisées », des mesures administratives en quelque sorte, à prendre par le gouvernement d’un « état », dans une région mise en pièces par un colonialisme vivant et vibrant. En fut-il ainsi dans la bataille contre le fascisme espagnol il y a 75 ans ? Quoique différent sous certains aspects, ce cas illustre bien le problème. La guerre d’Espagne fut-elle considérée comme un conflit « localisé » ? Où est l’héritage des internationaux qui ont rejoint la révolution palestinienne il y a quelques décennies ? Une sorte d’amnésie semble avoir frappé la gauche européenne dès lors qu’on en vient à la configuration de base d’Israël, un « état » bâti par le capital étranger avec des colons étrangers, sur un sol qui ne leur appartenait pas et contre la volonté de sa population, expulsée en masse.

Les mêmes observations s’imposent dans le cas de la résistance irakienne, la gauche européenne y restant aveugle et sourde à moins que cette résistance ne soit taillée à ses mesures, plutôt qu’en fonction de l’évolution et de l’objectivité. Cette gauche semble dire : « Nous voulons une résistance qui soit progressiste, laïque, non-islamique, sans attaches avec le précédent régime, pour l’égalité des sexes, démocratique et sans ambiguïté quant à ses plans pour le futur. Oh, oui... et de préférence, pour le mariage des gays, sinon, désolés, il nous est impossible de dire que nous soutenons la résistance irakienne. » Eh bien, ce sont des choses que je souhaite aussi, mais à quoi nous sert-il de le souhaiter, si nous ne pouvons pas faire en sorte que cela soit ? La réalité des faits, c’est qu’il y a une occupation illégale et oppressive de l’Irak. Beaucoup d’analystes, dont je suis, pensent que l’Irak est un point de rupture pour Washington et son projet de domination globale, une sorte de Waterloo. Soit nous pouvons nous offrir le luxe d’attendre que la résistance évolue jusqu’à ce que nous la trouvions conforme à nos désirs, soit nous soutenons ceux qui, sur le terrain, combattent cette occupation.

La gauche européenne ferait bien de procéder à un sérieux examen critique de son attitude envers les forces populaires du Sud, qu’elle a la présomption de juger idéologiquement et politiquement inférieures.

L’absence de clarté politique

Le troisième problème de la gauche européenne est son manque de clarté politique.

1 - Sa position par rapport à « l’état » et par rapport aux « lois » est pauvrement définie et conduira à son propre étranglement par la corde des lois néo-libérales, si elle persiste à se positionner à l’intérieur du noeud coulant.

2 – En dépit du fait que la gauche européenne a des traditions de résistance armée (la gauche fut le fer de lance de la résistance armée au nazisme et au fascisme) sa très grande majorité a opté aujourd’hui pour le pacifisme et la non-violence, et est même devenue extrêmement hésitante à soutenir la résistance armée en Palestine, en Irak et au Liban. Comme si la lutte contre un impérialisme armé jusqu’aux dents – notamment de missiles aéro et naviportés – et dépourvu du moindre scrupule ou respect pour la légalité, pouvait être résolue sans violence ! À mon sens, le pacifisme, obiter dictum, est une forme militante de suicide, qui ne fait qu’abandonner de plus en plus de terrain à l’adversaire. De tels mécanismes de lutte ne mènent à rien. Le Nazisme et le fascisme ont-ils été en Europe vaincus pacifiquement ? Ou le lavage de cerveau capitaliste a-t-il réussi à transformer la lutte des classes en problèmes de « société civile », « droits de l’homme », « droits de la femme » ou « droits de l’enfant », bref, en un militantisme hors contexte ?

3 – La Palestine, comme je l’ai dit plus haut est aussi un test révélateur – une sorte de test au papier de tournesol – quand on en vient à poser le problème du manque de clarté politique, sur ce qui constitue un colonialisme d’appellation contrôlée, dans sa forme la plus contemporaine et la plus virulente.

Même les sociaux démocrates (qui ne sont plus « la gauche ») estiment que leur manque de clarté politique et l’abandon de leurs positions d’origine au bénéfice d’une politique néo-libérale sont les causes de leur déclin. Robert Taylor, rendant compte d’une conférence tenue récemment dans le Hertfordshire par les Sociaux Démocrates pour débattre de la crise qu’ils traversent (10), cite l’analyse du dirigeant du Labour Party danois, Wouter Bos, exposée par son auteur à cette même conférence, et qui tourne autour de la résurrection du slogan « Back to Future » (Retour au Futur), plaidant pour un retour à la « « morale des vieux pionniers de la Social Démocratie européenne ». Taylor poursuit : « [ Bos] n’est pas le seul penseur social démocrate en Europe à se demander si son parti n’est pas allé trop loin dans l’adoption du marché, de l’initiative privée, de la liberté du commerce, de la globalisation, de tout-le-pouvoir-aux-choix-personnels en guise de pensée sociale démocratique. Il nous faut reconsidérer les valeurs de base. » Les vieux thèmes de la gauche européenne – redistribution, égalité, protection du travail et justice sociale – doivent être remis à l’ordre du jour.

Taylor dit un peu plus loin que ce qui préoccupe surtout aujourd’hui les Sociaux Démocrates est « l’émergence inattendue de ce qui ressemble à une menace sérieuse en provenance de forces nouvelles sur leur gauche » autrement dit d’une vraie gauche, entité politique plus clairement définie que la Social Démocratie. Mais menacer les Sociaux-démocrates - quoique constituant un signe positif du déclin de leur catastrophique et abusif monopole de représentation de la gauche - ne suffit pas pour incarner une gauche réelle ayant pour but de mettre en question, de défier et d’affronter le capitalisme lui-même avec toutes ses structures de pouvoir, et non juste d’inquiéter l’une ou l’autre de ses sécrétions secondaires. Cependant, ceci conforte mon argument quant à la nécessité absolue de prises de positions politiquement claires si l’on veut atteindre ces buts.

En Europe, l’état « libéral » ressemble de plus en plus à un état policier, où les libertés s’érodent lentement mais sûrement, sacrifiées sur l’autel de la lutte contre le « terrorisme ». En même temps, il ne rencontre que très peu ou pas du tout de résistance organisée de la part d’une gauche qui n’en finit pas de descendre la pente savonneuse des mascarades démocratiques, tout en craignant la répression et la diabolisation de la part de ses adversaires. Il y a gros à parier que l’extrême droite, avec sa rhétorique populiste et dogmatique, sera, de tout ceci, le principal bénéficiaire, tandis que la gauche continuera de languir à la périphérie des enjeux publics.

La gauche a la fonction historique d’être révolutionnaire, claire, objective, critique et internationaliste. D’une façon ou d’une autre, la gauche européenne a abandonné ces valeurs en faveur d’improbables ONG et du jeu truqué et cooptatif d’un processus dit « démocratique », et elle l’a fait tant au niveau des états que de celui de l’Union Européenne. Au lieu de proposer une alternative révolutionnaire, elle s’aligne sur les choix de ceux qu’elle devrait combattre, elle joue selon les règles de leur jeu et n’a pas su, non plus, se débarrasser de son complexe de supériorité raciale à l’égard du Sud. Il serait temps que la gauche européenne se décide à affronter les réalités et la débâcle systémique en fonction d’un programme et d’une analyse révolutionnaire, qu’elle fasse sans tarder retour à un contexte clair et strictement défini. Faute de quoi il ne lui restera pas grand chose en guise d’horizon, avec la très grande possibilité qu’une extrême-droite populo-fasciste remplisse l’espace ainsi laissé vide par une opposition victime d’une sorte de mutation génétique, une opposition qui s’est muée en version soft d’un système brutal ou en souvenir timide d’un passé lointain, transformé en songe creux par l’impératrice Hégémonie.

Hisham Bustani

Le Dr. Hisham Bustani est un écrivain et un militant résidant à Amman. Il est un des membres fondateurs de l’Alliance des Peuples Arabes Résistants, et un membre de son Comité de Coordination. Il est membre également du Comité Exécutif du Forum de la Pensée Socialiste de Jordanie.

L’article a originellement paru en italien dans la revue progressiste Senza Censura (Italie), N°28, Mars-Juin 2009, pages 4-6.

 

 

 

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9 juillet 2009 4 09 /07 /juillet /2009 12:24

HONDURAS

 

06/07/2009 à 07:35, par Jacques-François Bonaldi

A La Havane, on suit tous les jours depuis dimanche dernier les événements du Honduras, sur la seule chaîne digne de ce nom : Telesur.

On a suivi tout ce dimanche-ci en direct les manifestations dans l’attente du retour de Zelaya, et je peux vous assurer que les heurts n’ont pas eu lieu entre manifestants pour et contre Zelaya, mais bel et bien entre opposants aux putschistes et les forces répressives, et que les morts n’ont pas été le fait de la police,qui avait reçu l’ordre de se retirer et qui l’a fait, mais de l’armée, dont les francs-tireurs en position sur la piste ont tué au moins deux manifestants, de balles dans la tête, ce qui veut dire qu’il s’agit de tireurs d’élite. On a vu les manifestants repousser pacifiquement le cordon de policiers et de militaires posté devant l’aéroport ; les policiers ont alors disparu et l’armée s’est retranchée derrière les grillages, tandis que les manifestants se sont collés à ceux.ci. C’est alors que l’armée a commencé à tirer des gaz lacrymogènes et à faire feu...

A ce même moment, la TV contrôlée par les gorilles présentaient ceux-ci en train d’affirmer en gros que tout était tranquille.

Il serait naïf de s’étonner des prises de position du Monde ou de CNN, que les manifestants qualifiaient de télévision des putschistes. Il faut se faire une raison : il y a bien longtemps que Le Monde a basculé à droite : Mais il n’est pas le seul, toute la presse française ment, toute la presse espagnole ment, et je suppose que toute la presse anglaise ment, etc.

 

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7 juillet 2009 2 07 /07 /juillet /2009 10:03

 

SYNDICAT DES FONCTIONNAIRES TERRITORIAUX

ET DES PERSONNELS APPARENTÉS

CGT- Ville de Vénissieux

 

Vénissieux, le 2 juillet 2009

 

LA MISSION JEUNESSE EN GREVE

Les jeunes subissent de plein fouet les effets de la crise

augmentation du chômage des 18/2 ans et notamment des non diplômés déscolarisation de plus en plus fréquente des 16/18 ans délinquance des mineurs en forte augmentation.

Une prise en charge sérieuse des jeunes est nécessaire pour agir dans un contexte de prévention. Or, aujourd'hui le service jeunesse est bradé. Il subit des restrictions de postes.

Les conditions de travail des agents en première ligne et d'accueil des jeunes sont de plus en plus difficiles

agressions,

locaux inexistants, inadaptés ou vétustes, irrespect des règles d'hygiène et de sécurité...

Bureau Information Jeunesse fréquemment fermé ainsi que les Équipements Polyvalents Jeunes des territoires déjà affaiblis fermeture annoncée de l'espace jeunes.

Ce contexte pourrait amener à penser que le service public en direction des jeunes est en danger. La mission jeunesse va-t-elle disparaître?

Depuis novembre 2008, les revendications n'aboutissent pas. La collectivité fait !a politique de l'autruche.

Non Monsieur VIGNAUD notre grève n'est pas un « prétexte fallacieux » comme vous le prétendez ! Commencez déjà en votre qualité d'adjoint au personnel par respecter les agents et écouter les revendications légitimes. Surtout ouvrez de véritables négociations en proposant une rencontre avec (e personnel concerné. La réalité du terrain salarial n'est pas de répondre sous forme de délation par voie de presse en faisant semblant d'ignorer les causes de ce conflit.

 

La CGT ne cautionnera pas l'orientation de la ville si elle va vers un éclatement du service public de la jeunesse.

La section syndicale animation-mission jeunesse dit

STOP !

Nous luttons pour un service public Vénissieux de qualité.

N.Réf. 178/09

Siège : 1 5 bis, avenue Pierre-Semard - 69200 Vénissieux - Té1.04 72 50 02 59 / 04 72 50 46 46
cgtmunicipaux@ville-venissieux.fr

 

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3 juillet 2009 5 03 /07 /juillet /2009 06:39

Victoire diplomatique à Managua

Défaite du «Monde» à Paris

 

Thierry Deronne

 

 

 

Mercredi 1er juillet 2009

 

Calderon, Colom, Arias, Morales, Chavez, Correa, Castro, Torrijos... Tant de chefs d’État latino-américains qui décident de se réunir en urgence ce lundi à Managua, c’est une première. L’histoire retiendra leur unanimité et leur fermeté. Les pays de l’ALBA, du SICA, du Groupe de Rio et de l’OEA exigent "le retour immédiat et inconditionnel du président Zelaya au Honduras". Sa volonté affirmée de rentrer au pays dès jeudi lui vaut une standing ovation.

 

Alors que ses homologues dénoncent "le retour à la barbarie subie à l’époque de la National Security" et refusent de "revenir à l’âge des cavernes", le journal français Le Monde, lui, évoque un "coup d’État d’un genre nouveau" (1). Ce titre, Sabot l’emprunte au "principal quotidien" nicaraguayen - sans dire qu’il s’agit surtout du plus réactionnaire - "La Prensa". C’est ce journal que le président dominicain Leonel Fernandez, connu pour sa prudence, brandit ce soir a Managua devant la trentaine de collègues latino-américains pour en dénoncer la manchette : "deux présidents se disputent un siège". "Il n’y a qu’un président du Honduras, corrige un Fernandez indigné, celui qui est sorti des urnes !".

 

Le Monde feuillette la "presse latino-américaine" comme si on pouvait trouver le pluralisme dans la concentration économique de la presse écrite. Technique connue : se retrancher "objectivement" derrière les citations. Cela permet de jeter une ombre sur la consultation électorale avortée, cette enquête demandée par 400.000 signatures citoyennes et que les partis de l’élite putschiste, majoritaires au congrès, craignaient tant. Pourquoi s’inquiéter d’une consultation voulue par la population au point que les habitants montaient dimanche des barricades pour empêcher les militaires de confisquer les urnes ? Mais voyons, cher lecteur, parce que les honduriens pourraient demander ensuite une réforme constitutionnelle. Et si les gens votent et s’ils décident de réélire Zelaya, eh bien, ce sera - nous vous l’expliquerons bientôt - la dictature comme au Venezuela, vous savez bien. C’est la faute de Zelaya de croire que ni les États-Unis ni la Banque Mondiale ne rendront la vue à des milliers de pauvres ou ne donneront aux paysans les moyens de produire pour nourrir la population et de préférer les programmes sociaux de l’ALBA et du Petrocaribe initiés par le gouvernement venezuelien.

 

Pour écarter tout soupçon de partialité, le Monde cite un journal argentin, qui nous précise-t-on est "de gauche". "50 % pour Hitler, 50 % pour les juifs" (Godard).

 

Pourquoi faudrait-il démonter les rouages de l’élite économique hondurienne et ces conseillers d’un Pentagone qui pèsent plus qu’Obama dans leur volonté de briser le maillon le plus faible de l’ALBA ? Nicolas Sabot cite la presse hondurienne mais ne dit rien du coup d’État médiatique, du monopole privé du spectre radioélectrique, de ces télévisions qui passent des telenovelas pour censurer la résistance de la population. Tout récemment Lula, Correa et même Obama ont critiqué ces médias qui attentent contre les institutions démocratiques ? Des "fils de Chavez" sans doute.

 

Le Monde ne dira rien non plus de la part active du président venezuelien dans la construction de ce front pluraliste de chefs d’ëtat pour sauver la democratie au Honduras. Alors que le président venezuelien a reaffirmé a Managua, entouré de ses collêgues du reste du continent, que "l’ere des fusils est bien finie et que les revolutions doivent etre pacifiques", le Monde reprend dès dimanche la vulgate mondiale : "Chavez-met-ses-troupes-en-alerte". Pour conclure son article, Antonin Sabot a choisi un dessin de la Prensa (Panama) (voir photo ci-jointe). Le président du Honduras court en pleurant vers son "père", Hugo Chavez, qui lui demande, énervé : "Qui t’a mis ce coup ? Que je lui en mette un !"

 

Lorsque le Pinochet hondurien (Romeo Vasquez, formé a l’Ecole des Amériques) rejoindra sa caserne grâce a la résistance civile et aux efforts conjugués des chefs d’État latinoamericains, les honduriens devraient décorer "le Monde" pour sa courageuse contribution a la mobilisation générale.

 

Thierry Deronne

Vive TV. Venezuela

29 juin 2009.

 

1) voir: http://www.lemonde.fr/...

 

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1 juillet 2009 3 01 /07 /juillet /2009 06:26

Une majorité d'Allemands de l'Est nostalgiques de l'ex-RDA

LEMONDE.FR avec AFP | 26.06.09 | 12h38  •  Mis à jour le 26.06.09 | 17h26


rès de vingt ans après la chute du Mur de Berlin, le 9 novembre 1989, que pensent les Allemands de l'Est de l'ex-République démocratique allemande (RDA) ? D'après un sondage de l'Institut Emnid publié vendredi 26 juin par le quotidien Berliner Zeitung, une majorité d'entre eux sont d'avis que l'ex-RDA avait "davantage d'aspects positifs que négatifs", alors que leurs concitoyens de l'ouest du pays sont d'un avis contraire.

"Il y avait quelques problèmes, mais globalement on y vivait bien", soulignent ainsi quarante-neuf pour cent des 1 208 personnes interrogées dans l'est du pays. Si l'on y ajoute les 8 % de sondés dans les "nouveaux Länder" (Etats fédérés) qui estiment que "la RDA avait surtout de bons côtés [et qu'on] y vivait heureux et mieux que dans l'Allemagne réunifiée d'aujourd'hui", ce sont en tout 57 % des Allemands de l'Est qui défendent l'héritage de l'ancien Etat communiste.

A l'inverse, dans l'ouest du pays, les trois quarts des personnes interrogées dressent un bilan négatif de la RDA. Pour 52 %, l'ex-Allemagne de l'Est avait "surtout des aspects négatifs" et pour 26 % "davantage d'aspects négatifs que positifs". Selon le ministre en charge de l'ex-RDA, Wolfgang Tiefensee, commanditaire de cette étude, ces résultats montrent la nécessité de "ne pas relâcher les efforts pour nous confronter à l'histoire de la RDA".

Selon un rapport officiel présenté début juin, le niveau de chômage demeure presque deux fois plus important dans l'ex-RDA que dans les régions de l'ex-Allemagne de l'Ouest (13,2 % contre 7 %), mêmes si l'Est encaisse "pour le moment" mieux que l'Ouest l'onde de choc provoquée par la crise économique.

 

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30 juin 2009 2 30 /06 /juin /2009 16:52
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30 juin 2009 2 30 /06 /juin /2009 10:28

Rosalie DUBOIS chante l'Internationale
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30 juin 2009 2 30 /06 /juin /2009 10:10

« Que peut-il ? Tout. Qu'a-t-il fait ? Rien »

 

Avec cette pleine puissance, en huit mois un homme de génie eût changé la face de É la France, de l'Europe peut-être.

 

Seulement, voilà, il a pris la France et n'en sait rien faire.

 

Dieu sait pourtant que le Président se démène i1 fait rage, il touche à tout, i1 court après les projets ; ne pouvant créer, il décrète ; i1 cherche à donner le change sur sa nullité ; c'est le mouvement perpétuel ; mais, hélas ! Cette roue tourne á vide.

 

L'homme qui, après sa prise du pouvoir a épousé une princesse étrangère est un carriériste avantageux. I1 aime la gloriole, les paillettes, les grands mots, ce qui sonne, ce qui brille, toutes les verroteries du pouvoir. I1 a pour lui l'argent, la banque, la bourse, le coffre-fort. Il a des caprices, il faut qu'il les satisfasse. Quand on mesure l'homme et qu'on le trouve si petit et qu'ensuite on mesure le succès et qu'on le trouve énorme, í1 est impossible que l'esprit n'éprouve pas quelque surprise.

 

On y ajoutera le cynisme car, la France, il la foule aux pieds, lui rit au nez, la brave, la nie, ý l'insulte et la bafoue !

 

Triste spectacle que celui du galop, à travers l'absurde, d'un homme médiocre échappé.»

 

 

Victor HUGO, extrait de « Napoléon 1e petit », pamphlet contre Napoléon III »

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28 juin 2009 7 28 /06 /juin /2009 07:38

Sarkozy, Omar Bongo & la démocratie : petit rappel utile...

 

 

Extrait du livre « Nicolas Sarkozy ou la Françafrique décomplexée », Samuël Foutoyet, éditions Tribord, 2009 Sous-titre chapitre 3, « Des dictateurs à l’Élysée ».

 

« Je veux être le président de la France des droits de l’homme. […] Je ne veux être le complice d’aucune dictature à travers le monde. »

Nicolas Sarkozy, meeting de l’UMP, Paris, 14 janvier 2007.

 

Le 25 mai 2007, Nicolas Sarkozy accueille Omar Bongo, second chef d’État africain reçu à l’Élysée depuis le 6 mai. La veille, le nouveau président recevait Ellen Johnson-Sirleaf, présidente depuis 2005 du Liberia, pays ravagé par quinze années de guerre civile. La première femme chef d’État d’Afrique n’a cependant été reçue qu’un quart d’heure. Omar Bongo, lui, est accueilli avec une toute autre faveur. Il faut dire que l’amitié entre les deux hommes n’est pas récente. En témoigne cette interview du dirigeant gabonais sur les ondes de Radio France International, quelques jours avant leur rencontre :

 

 

 

 

 

 RFI : « Depuis combien de temps vous connaissez-vous [avec Nicolas Sarkozy] ? »

 O. Bongo : « Ben, je le connais il n’était même pas encore au gouvernement. Quand Chirac était à la Mairie, dans les années 80 et quelques. »

 

 RFI : « Est-ce que vous vous tutoyez par exemple, ou est-ce que vous vous vouvoyez ? »

 O. Bongo : « On se tutoie ! Puisque vous voulez être dans les secrets des parfums, hier [le 6 mai, jour de l’élection] il m’a même téléphoné. Bon, alors ! Si ça peut vous arranger, voilà ! On se tutoie depuis 80 et quelques. »

 

 RFI : « Et alors, que vous a-t-il dit ? »

 O. Bongo : « Non, non, non… Mais vous croyez pas tout de même que je vais me livrer à ce genre de confidences, non ? Il m’a dit tout simplement : merci pour certains de tes conseils, voilà ! Et je lui ai dit félicitations pour m’avoir compris parfois. » [1]

 

Des conseils, le dirigeant gabonais en a copieusement prodigué. De janvier 2004 à mars 2007, il a rencontré Nicolas Sarkozy au moins sept fois, la plupart du temps dans son luxueux hôtel particulier, à Paris. [2] Le 22 mars 2007, au sortir d’un énième entretien, le futur président français est piégé par une télévision gabonaise. Un rien gêné, il confie avoir « écouté les conseils » d’Omar Bongo et « recueilli ses sentiments d’amitié ». [3]

 

La compagnie d’Omar Bongo est certainement très instructive, tant le dirigeant gabonais connaît bien les coulisses de la vie politique française. Au pouvoir depuis 1967, il a connu tous les présidents de la Ve République. Son investiture fût organisée par la France. Le 17 août 1960, le général de Gaulle déclare l’indépendance du Gabon et place à sa tête Léon M’Ba, proche de l’administration coloniale. À la mort de M’Ba en 1967, Jacques Foccart choisit de le remplacer par son directeur de cabinet, membre des services secrets français : Albert-Bernard Bongo, rebaptisé Omar Bongo lorsqu’il se convertit à l’Islam en 1973. Jeune trentenaire, ce dernier fonde le Parti Démocratique Gabonais, parti unique qui régnera sans partage pendant 25 ans. En 1990, le multipartisme est instauré, mais Omar Bongo remporte invariablement toutes les élections, notoirement connues pour leur trucage. [4] L’opposition politique est encadrée par un système policier sophistiqué, utilisant intimidations, assassinats et corruption. [5]

 

Le Gabon et la Françafrique

 

Le Gabon, petit État pétrolier du golfe de Guinée d’1,4 million d’habitants, est une caricature de la Françafrique. Pays aux richesses exceptionnelles, exportant manganèse, pétrole, gaz, fer, bois et uranium, sa population reste très pauvre : système médical défaillant, infrastructures scolaires, routières et sanitaires délabrées, mortalité infantile élevée, analphabétisme. 70% des Gabonais vivent en dessous du seuil de pauvreté.

 

Deux indicateurs résument ce paradoxe : le Gabon est le 84e pays le plus riche du monde si on considère son Produit Intérieur Brut par habitant, mais il dégringole à la 119e place sur 177 États dans le classement de l’Indicateur du Développement Humain. [6] Cet écart de 35 places, l’une des pires performances de la planète, illustre combien les richesses du pays profitent peu à la population et sont concentrées dans les mains du clan au pouvoir et des entreprises françaises. Ces dernières sont présentes dans tous les secteurs de l’économie, la France constituant 80% des investissements étrangers au Gabon. La principale entreprise est Elf, désormais TotalFinaElf. Une proximité franco-gabonaise ouvertement assumée par Omar Bongo : « L’Afrique sans la France, c’est la voiture sans le chauffeur. La France sans l’Afrique, c’est une voiture sans carburant. » [7]

 

Les deux pays entretiennent une coopération militaire très étroite, avec une base militaire permanente à Libreville rassemblant huit cents soldats français. Des accords spéciaux prévoient la mise en place d’une garde présidentielle supervisée par Paris. Créée par l’agent secret Bob Maloubier, équipée d’armes modernes, c’est la meilleure unité combattante du pays. [8]

 

Dans toutes les enquêtes sur la Françafrique, le Gabon est désigné comme une plateforme militaire, pétrolière et financière au cœur des ’’réseaux Foccart’’. Base logistique de la guerre du Biafra (qui, de 1967 à 1970, provoqua la mort de deux millions de personnes), point de départ des expéditions mercenaires de Bob Denard (qui y disposait d’un ranch d’entraînement), ou encore base arrière du coup d’État de 1997 du congolais Denis Sassou Nguesso (beau-frère d’Omar Bongo), le Gabon mérite certainement son surnom de ’’Foccartland’’. [9]

 

D’après les enquêtes menées pendant l’affaire Elf, Omar Bongo a participé au financement de partis politiques français, mouvances gaullistes en tête, généralement sous forme d’argent liquide. Pour l’ancien directeur de la Direction Générale de la Sécurité Extérieure (DGSE), Pierre Marion, « Les subsides de Bongo servent à tout le monde lors des élections françaises et créent une sorte de colonialisme à l’envers ». [10] Est-ce la raison pour laquelle tant de personnalités politiques (dont François Bayrou, lui aussi ’’piégé’’ par la télévision gabonaise) se sont empressées de rencontrer Omar Bongo pendant la campagne présidentielle de 2007, à commencer par Nicolas Sarkozy ? Non, affirme un proche du leader UMP interrogé à ce sujet : « Nicolas n’a pas besoin de valoches » [11] – allusion aux valises de billets. Entre Nicolas Sarkozy et Omar Bongo, une simple relation d’amitié ? Nicolas Sarkozy au Gabon

 

Quelques mois plus tard, pour clore sa première tournée africaine, Nicolas Sarkozy se rend à Libreville, capitale du Gabon. Aux journalistes s’étonnant de ce choix contradictoire avec les discours de ’’rupture’’, Nicolas Sarkozy argumente : « En Afrique, le statut d’ancien, cela compte. Ne pas aller à Libreville, c’était humilier Bongo. […] S’agissant du Gabon, je ne pense pas que ce soit le pays qui ait le plus à rougir du point de vue de la démocratie interne. » Vraiment ? Derniers contre-exemples en date : en janvier 2008, les autorités gabonaises suspendent les activités d’une vingtaine d’organisations de la société civile qui critiquaient la façon dont le gouvernement utilise la manne pétrolière. [12] En juin 2008, le coordonnateur de la coalition Publiez ce que vous payez [13] Gabon, Marc Ona, est interdit de sortie du territoire, accusé de porter atteinte à la sûreté de l’État, puis interpellé par la police sans charges ni mandat fin juillet 2008. [14]

 

Lors de sa visite, Nicolas Sarkozy annonce une réduction de 20% de la dette bilatérale du Gabon, une décote exceptionnelle qui ressemble fort à un ’’renvoi d’ascenseur’’, et qui n’empêchera cependant pas la moitié du budget du Gabon, au bord de la faillite, de passer dans le service de la dette. [15] Le président français visite également une forêt classée au nord de Libreville. Accompagné de la spécialiste britannique des primates Jane Goodall, il déclare : « Je ne veux pas qu’on pille la forêt africaine ». Près de lui, on distingue Francis Rougier, PDG d’une entreprise maintes fois dénoncée pour ses pratiques de pillage des bois africains. [16]

 

Une ombre vient cependant assombrir cette visite officielle : l’enquête dite des Biens mal acquis. En mars 2007, trois associations françaises, Survie, Sherpa (groupement de juristes spécialisés dans la criminalité économique) et la Fédération des Congolais de la Diaspora déposent une plainte pour « recel de détournement d’argent public » visant l’acquisition de biens en France par des chefs d’États africains et leurs familles. Cinq chefs d’État sont visés : le gabonais Omar Bongo Ondimba, le congolais Denis Sassou Nguesso, le burkinabé Blaise Compaoré, l’angolais Eduardo Dos Santos et l’équato-guinéen Teodoro Obiang. Motif ? Les biens immobiliers et financiers de ces chefs d’État en France semblent disproportionnés par rapport à leurs salaires officiels. Les trois associations puisent leurs arguments dans un rapport intitulé Biens mal acquis… profitent trop souvent, réalisé en 2006 par le Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement (CCFD).

 

En juin 2007, le parquet de Paris ouvre une enquête préliminaire confiée à l’Office Central de Répression de la Grande Délinquance Financière (OCRGDF). Les premières investigations aboutissent à des résultats impressionnants [17] . En témoigne cet extrait du journal Le Monde, qui publie les principales informations des trente-quatre procès-verbaux rédigés entre juin et novembre 2007 : « La découverte la plus spectaculaire se situe entre les Champs-Élysées et la plaine Monceau, dans le 8e arrondissement de la capitale. Là, un hôtel particulier a été acquis le 15 juin 2007 pour la somme de 18,875 millions d’euros par une société civile immobilière (SCI). Celle-ci associe deux enfants du président gabonais, Omar Denis, 13 ans, et Yacine Queenie, 16 ans, son épouse Edith, qui se trouve être la fille du président congolais Denis Sassou Nguesso, et un neveu de ce dernier, Edgar Nguesso, 40 ans. […] Au total, sont répertoriés 33 biens (appartements, hôtel particulier et maisons) appartenant au gabonais Omar Bongo ou à sa famille : deux appartements avenue Foch (88 m2 et 210 m2) et un de 219 m2 lui aussi situé dans le 16e arrondissement. À Nice, une propriété est constituée de deux appartements, trois maisons. Ali Bongo, qui est son fils et aussi son ministre de la défense depuis 1999, est également propriétaire avenue Foch tandis que son épouse Edith possède deux immenses logements dans le 7e arrondissement, non loin de la tour Eiffel. De Nice à Neuilly-sur-Seine en passant - souvent - par le 16e arrondissement parisien, l’enquête recense aussi les propriétés de Jean Ping, ex-gendre d’Omar Bongo et actuel ministre des Affaires étrangères, et d’autres fils du président gabonais comme Omar-Denis junior et Jeff, ainsi que ses filles comme Audrey, Yacine Queenie, ou petite-fille comme Nesta Shakita. » [18]

 

Les enquêteurs répertorient onze comptes ouverts au nom d’Omar Bongo à Paris, Nice ou Créteil, ainsi que l’achat d’un impressionnant parc automobile de luxe. La richesse immobilière et les revenus publics du président gabonais sont largement disproportionnés par rapport à son salaire officiel, 15 000 euros par mois. D’où provient la fortune d’Omar Bongo ? Deux chèques découverts pendant les investigations de l’OCRGDF sont éloquents. En février 2004, la femme du président (qui n’est pas membre du gouvernement) achetait une voiture de luxe Maybach, payée intégralement par le Trésor public gabonais : les enquêteurs français ont découvert un chèque de 390 795 euros, tiré sur le compte de la paierie du Gabon. Ce même compte, ouvert à la Banque de France, a également servi à financer la moitié d’une Mercedes à 75 000 euros achetée en septembre 2006 à Paris par Pascaline Bongo, la fille du président.

 

En 1999, le Sénat états-unien enquêtait déjà sur l’origine de la fortune du président gabonais, mettant au jour de multiples comptes à Jersey, à Londres, au Luxembourg, à New York et en Suisse, pour un montant total dépassant les 130 millions de dollars. Selon la City Bank et les sénateurs états-uniens, « l’argent provenait d’une allocation budgétaire, 8,5 % du budget gabonais – soit 111 millions de dollars – étant chaque année réservés au président. […] Les fonds gouvernementaux du Gabon sont bien la source première des avoirs se trouvant sur les comptes d’Omar Bongo ». [19]

 

Et pendant ce temps, le pays s’endette. Alors que le Gabon continue d’exporter plus de 13 millions de tonnes de pétrole brut par an, la dette publique contractée par Omar Bongo s’élevait déjà à 4 milliards de dollars en 2002. L’opulente fortune du chef d’État gabonais nous laisse présager des profits colossaux réalisés par Elf, Bolloré, Bouygues et toutes les multinationales profitant du pillage des ressources africaines, cela pendant que les populations de ces pays s’appauvrissent.

 

Mais revenons à la visite gabonaise de Nicolas Sarkozy. Ce jour-là, un journaliste questionne justement le président sur l’affaire des Biens mal acquis. Le président français, visiblement agacé, rétorque : « Si à chaque fois qu’il y a des enquêtes il faut arrêter nos relations, on ne les aurait pas arrêtées seulement du côté africain, si vous voyez ce que je veux dire… Attendez que la justice fasse son travail et on verra bien. » [20] Cette scène, qui montre le visage embarrassé du président Bongo, s’affiche sur plusieurs chaînes de télévision française à des heures de grande écoute.

 

Attendre que la Justice fasse son travail ? Le 13 novembre 2007, le parquet de Paris décide de classer cette enquête sans suite. Motif ? « Les investigations n’ont pas permis, en l’état, de mettre en évidence des infractions pénales », pourtant révélées par les deux chèques de la paierie du Gabon en France. Difficile de ne pas imaginer derrière cet opportun classement juridique, lorsque l’on connaît les détails du dossier, une décision politique prise au plus haut niveau.

 

Le 3 mars 2008, la chaîne de télévision France 2 diffuse cependant un reportage sur les Biens mal acquis, en particulier ceux d’Omar Bongo. La diplomatie gabonaise réagit aussitôt par un communiqué dénonçant un « acharnement médiatique » mettant « en péril l’intégrité physique (sic) [d’Omar Bongo] ainsi que celle de sa famille ». Quelques mois plus tôt, le dirigeant gabonais expérimentait déjà cette stratégie de victimisation. Le 2 décembre 2007, célébrant le 40e anniversaire de son arrivée au pouvoir, Omar Bongo dénonçait les « détournements », la « course pour l’enrichissement illicite », la « corruption » et « l’impunité ambiante » du reste de la classe dirigeante, accusant celle-ci d’avoir fait « main basse » sur les fonds destinés au développement : « Je sais que l’état de notre réseau routier, de nos infrastructures sanitaires et scolaires, de nos moyens de transport publics, a connu une grave dégradation […] [le Gabon] est aujourd’hui affaibli par l’ethnisme, le clientélisme, l’affairisme, la corruption, la politisation outrancière, qui ont gangrené les pouvoirs publics. » [21] On n’eut pas dit mieux.

 

Source : Survie.org [Survie est une association (loi 1901) qui mène des campagnes d’information et d’interpellation des citoyens et des élus pour une réforme de la politique de la France en Afrique et des relations Nord-Sud.]

 

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