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18 septembre 2010 6 18 /09 /septembre /2010 15:20

Georges Gastaud,

Philosophe, auteur de :

"Patriotisme et internationalisme"

et de "Lettre ouverte aux 'bons Français' qui assassinent la France",

Fils de Résistant antifasciste

 

Au cœur de notre défense du "patrimoine",

 l'esprit de résistance!

 

               Les Français, et plus largement, les habitants de notre pays, manifestent chaque année leur attachement à l'héritage de la nation, -à ce qu'on appelle d'un mot un peu tristounet son "patrimoine"-, en participant massivement aux "journées du patrimoine" qui se déroulent ce samedi-dimanche.

 

               Mais les démocrates et les résistants sociaux que nous sommes ne doivent pas laisser le pouvoir et ses médias utiliser ces belles journées de septembre, qui semblent marquer la pérennité si rassurante de la nation, pour cacher le fait que la France, notre pays, ses acquis sociaux, son héritage laïco-républicain, ses traditions militantes combatives, ses services publics (Ecolé laïque, SNCF, poste, EDF, hôpitaux, Equipement, etc.), sa production industrielle et agricole, sa recherche scientifique, son Education nationale, - et par dessus tout la langue française, premier service public gratuit de France, base de sa littérature et de sa culture à la fois si originale et si universaliste, sont en danger de mort et en cours de décomposition organisée.

 

               Le "patrimoine" ne se réduit pas en effet aux châteaux, aux musées, aux œuvres d'art et aux grandes réalisations que l'on visite en famille après avoir mis ses habits du dimanche. Le patrimoine, c'est ce que Marx place à la base de l'historicité humaine quand il montre que "l'essence de l'homme n'est pas inhérente à l'individu isolé mais (que), dans sa réalité, elle est l'ensemble des rapports sociaux". L'homme ne serait en effet qu'une bête s'il n'héritait pas des outils manuels et intellectuels forgés par les générations antérieures, et avec ces outils de l'ensemble des savoir-faire, des savoirs et des savoir-être en évolution constante qui constituent la culture au sens large. C'est parce que nous héritons de ceux qui nous ont précédés, et qu'à chaque génération nous pouvons prendre pour base de nos activités le legs des générations antérieures, que nous pouvons PROGRESSER contrairement aux animaux, si intelligentes qu'en soient certaines espèces, qui doivent repartir à zéro à chaque génération. Comme le disait Auguste Comte, "l'humanité est composée de plus de morts que de vivants"... et c'est dialectiquement pour cela que son progrès est toujours possible.

 

               Or ce patrimoine est actuellement méthodiquement détruit, tant à l'échelle de notre pays qu'à l'échelle de l'humanité. L'héritage du travail passé de l'humanité est saccagé à la hache par le pourrissant capitalisme "moderne" qui, loin de stimuler le progrès humain comme il l'a fait pour une part, à un coût humain et écologique très élevé, au 19ème siècle, ne porte plus dans ses flancs qu'un monstrueux parasitisme financier (les 225 plus grandes fortunes mondiales possèdent autant, quand on les additionne, que les deux milliards d'humains les plus pauvres!), qu'une tendance lourde à la fascisation politique et qu'une propension permanente à risquer la survie même de notre espèce dans des guerres folles et sans fin ou dans des déprédations écologiques irrémédiables dont le comportement de BP dans la Mer caraïbe ne donne qu'une faible idée: l'exterminisme serait-il devenu le stade suprême de l'impérialisme grimé en "néolibéralisme"? Au-delà du verbiage hypocrite sur les droits de l'homme et sur le "développement durable", la devise réelle des maîtres du grand capital pourrait bien être en réalité "nos profits valent mieux que vos vies" et "après nous le déluge"…

 

               Appliquée à la France, cet exterminisme capitaliste prend le visage du sarkozysme triomphant, cette politique qu'Alain Badiou a défini comme un "néo-pétainisme" sans précédents depuis la fin des années trente. Ouvertement asservi au grand patronat et aux très grandes fortunes, entièrement acquis à l'idée de la dés-intégration européenne de la France républicaine dans l'anti-modèle anglo-saxon de Thatcher et de Bush, prêt à étrangler toutes les libertés individuelles et collectives pour briser les fortes résistances que lui oppose, hélas de manière sporadique et non planifiée, la classe travailleuse, la jeunesse étudiante et la tradition républicaine de notre pays, ce régime de boue…

 

               -s'emploie fébrilement à "démanteler le programme du Conseil National de la Résistance", comme l'en a préventivement félicité le N°2 du MEDEF dans la revue "Challenge" de novembre 2007: tout y passe, des retraites par répartition à la Sécurité sociale (mises en place en 1945 par Ambroise Croizat, le ministre communiste de De Gaulle) au statut de la Fonction publique (institué par M. Thorez en 1945), de l'EDF privatisée à l'Education nationale désossée, de l'hôpital public strangulé à la Poste semi-privatisée, du Code du travail aligné sur les exigences patronales au CNRS, première institution scientifique mondiale reconstruite par Joliot-Curie en 1945, et qui est aujourd'hui livré aux méthodes désastreuses et mortifères du "management" capitaliste;

 

               -mais ce sont aussi les acquis de la Révolution française et des Lumières qui sont méthodiquement salis et saccagés: tout d'abord par la xénophobie d'Etat pratiquée ce régime, dont un ministre condamné pour propos racistes siège encore au gouvernement, mais aussi par la mise en place d'un Etat policier tentaculaire qui pratique 900 000 gardes à vue par an, qui planifie les expulsions de travailleurs étrangers (tout en courtisant les "bons Français" comme L. Bettencourt qui fraudent le fisc!), qui détruit la laïcité républicaine (accords Vatican-Kouchner validant les diplômes catholiques, déclarations de Sarkozy sur "Dieu transcendant qui est dans le cœur de tout homme"…), qui piétine la séparation constitutionnelle des pouvoirs (déclarations incessantes de Sarkozy et Hortefeux condamnant des décisions de justice), qui s'approprie les médias comme jamais, qui fait espionner les journaux, qui criminalise l'action syndicale à EDF et corsète le droit de grève dans les transports et qui empêche même les parlementaires d'opposition de parler à la tribune pour expliciter leur vote!

              

               -liquide la souveraineté nationale et populaire en violant grossièrement le Non populaire émis par le peuple français le 29 mai 2005 (adoption parlementaire de la Constitution bis, alias "Traité de Lisbonne"); détruit l'indépendance militaire et diplomatique de notre pays en faisant de la France un petit supplétif de l'OTAN et de ses guerres impérialistes tous azimuts; quelle honte pour tous les républicains que d'apprendre qu'à la demande d'Angela Merkel, les futurs projets de budget de la France seront tous soumis aux instances de Bruxelles et de Francfort avant même d'être présentés au parlement!

 

               -démolit la structure territoriale républicaine (République une et indivisible/ Départements / Communes) héritée de la Révolution française pour lui subsituer la tripartition "Europe supranationale"/ Euro-Régions / Communautés d'agglomération, dans le but de priver les citoyens de toute influence sur les décisions politiques;

-quant à la culture française, cœur de notre patrimoine, et au cœur de ce cœur qu'est la langue française (premier identifiant national d'après tous les sondages d'opinion), ce pouvoir à genoux devant le MEDEF et l'Union européenne les saccage comme jamais:

 

                     * transforme la culture française et son patrimoine d'importance mondiale en marchandise: le Louvre, Versailles, la Sorbonne, deviennent des "marques" vendues à l'étranger, la culture du pays des Lumières sert d'argument touristique aux pires potentats pétroliers des Emirats!

 

                     * le spectacle vivant est étranglé et soumis à des critères de rentabilité, les personnels du spectacle vivent dans une intense précarité qui les soumet de fait aux diktats de l'argent-roi;

 

                     * Sarkozy ne cesse d'attaquer tout ce qui fait le cœur de la culture: sa gratuité, sa liberté, son indépendance par rapport au capital et à l' "employabilité" vue par les capitalistes: on se souvient de ses déclarations pitoyables contre l'étude de La Princesse de Clèves… bref, le peuple n'a pas besoin d'être cultivé, et la culture n'a pas besoin d'être populaire: c'est le contraire même de ce qu'on voulu faire Descartes, publiant en français le Discours de la méthode, ou Diderot, concluant son introduction à L'Encyclopédie par cet appel: "hâtons-nous de rendre la philosophie populaire"!

 

                      * et surtout, surtout, ce pouvoir détruit à la hache la langue française, "langue de la République" au titre de l'article II de la Constitution. Il ferme les yeux sur les grossières violations de la loi Toubon qui protège le français du "tout-anglais"; censé défendre la francophonie en France et dans le monde, SArkozy laisse les grandes firmes "françaises", Carrefour, Auchan, Renault, Peugeot, etc. basculer toute leur communication, leurs enseignes, leurs administration interne, à ce que le baron Seillères, ex-chef de file du MEDEF et de "Business Europe" appelle "la" langue des affaires et de l'entreprise, l'anglais entrepreneurial. Les ministres Pécresse, -Prix de la Carpette anglaise pour son anglophonisation systématique des facs et de la REcherche-, Kouchner ("l'avenir de la francophonie passe par l'anglais"), Chatel (qui diminue les horaires de français et multiplie les "enseignements en anglais de disciplines non-linguistiques), mettent en place sans aucun débat public sur la langue, une situation irréversible dans laquelle le français est lentement mais sûrement refoulé de l'espace public au profit du "globish" entrepreneurial. Et non seulement la "gauche" établie ne réagit pas à cet assassinat de notre patrimoine le plus essentiel ("la France commence avec sa langue", disait l'historien Braudel: et il n'y a aucun doute qu'elle finirait avec elle!), mais la triste Martine Aubry, héritière de l'eurocrate DElors, promeut partout la stupide devise "liberté, égalité, "CARE"" au lieu du beau mot républicain de "fraternité".

              

               Dans ces conditions, ceux qui veulent connaître et transmettre le patrimoine culturel national doivent passer à la résistance sociale, civique, linguistique, active. La mémoire, plus que jamais, est un sport de combat: combat contre le capitalisme, contre l'U.E. des financiers, contre le FMI et l'OMC de MM. Strauss-Kahn et Lamy, combat contre le MEDEF, contre l'illégitime et dangereux régime sarkozyste, contre les capitulations politiques et linguistiques de la fausse gauche, combat pour la renaissance de la "France des travailleurs" chantée par Jean Ferrat, combat pour la renaissance des luttes anticapitalistes et révolutionnaires, combat pour rendre sens et vertu propulsive aux trois plus beaux mots de la langue française, "liberté, égalité, fraternité". Combat également, pour rendre au mouvement ouvrier et populaire, les outils syndicaux et politiques de sa contre-offensive sociale et civique.

 

               Amis de la culture vivante, défenseurs progressistes du patrimoine, rendez-vous la semaine prochaine pour cette grande journée de la défense du patrimoine social du CNR que sera la journée de grève du 23 septembre.

               Et le lendemain de ce grand jour, que le combat continue et s'amplifie "tous ensemble et en même temps" pour faire reculer ceux qui cassent notre passé et qui arrachent notre langue pour nous priver de parole, pour détruire l'avenir et pour nous surexploiter au présent.

 

Georges Gastaud

 

 

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Published by cdrm - dans Histoire
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