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4 octobre 2009 7 04 /10 /octobre /2009 17:53

Parti Communiste des Ouvriers de France

www.pcof.net
pcof@pcof.net

Paris, 4 octobre 2009



Irlande

Les citoyens irlandais ont été sommés de voter « oui » au traité de Lisbonne


« L'Irlande a voté oui », « l'UE repart de l'avant ». s'égosillent les
partisans du « oui » au traité néolibéral de Lisbonne, clone du traité
constitutionnel européen.


La grande coalition internationale des patrons, des médias, des partis
politiques. qui soutiennent le traité de Lisbonne a mis le paquet pour
faire revoter le peuple d'Irlande et l'obliger à voter « oui ». C'est
l'illustration de la « démocratie européenne » qui fait revoter les
peuples qui ont dit « non », en les soumettant au chantage, aux menaces de
rétorsion, sur le thème de « si vous votez « non », nous vous le ferons
payer très cher ».


Le camp du « non » a relevé le défi et a mené une active campagne.
Nous avons rencontré Michal Youlton, coordinateur national du « non » au
traité de Lisbonne en Irlande - CAEUC (1), lors de la réunion de
préparation du contre-sommet de l'Otan, à Strasbourg, en février dernier,
puis au contre-sommet lui-même, en avril. Il a animé de nombreuses
réunions et conférences de presse en France pour expliquer le contenu
progressiste de la campagne qui avait abouti, en juin 2008, au « non » au
traité de Lisbonne.


Dès que les résultats ont commencé à être connus, nous avons envoyés un
message de soutien qui disait notamment


« Avant tout, nous voulons féliciter les citoyens qui ont défendu les
véritables intérêts des travailleurs, des paysans, des pêcheurs, des
masses populaires. d'Irlande, en votant « non ».
Le « oui » a été bâti sur des mensonges, des promesses, la négation même
de la démocratie. Nous condamnons la campagne menée par Sarkozy et Cie de
mensonges et de criminalisation des citoyens d'Irlande.
Ce n'est pas la victoire de la démocratie mais celle du grand business,
des politiques néolibérales.


Dites à vos amis et camarades que nous saluons votre combat et que nous
leur adressons nos saluts de solidarité. »


A ce court message, Michael Young a répondu par ce mot :


«Votre message de solidarité, précieuse en toute occasion, est
particulièrement important pour nous en ces moments où nous devons
maintenir notre unité, notre force et nos convictions. Plus de 650 000
personnes sont restées avec nous et ont refusé l'injonction à se plier.
Notre campagne est solide et l'unité est forte, peut être même plus forte
que jamais.


Je vous envoie une déclaration que nous avons préparée la nuit dernière,
avec de connaître les résultats, sur la base des messages qui nous
parvenaient du terrain. Faites en bon usage.


Avec notre solidarité


La lutte continue


Michael Youlton



Voici l'intégralité de ce texte, traduit par nos soins.
« Ce n'est pas l'expression de la volonté du peuple, mais la peur du
peuple suscitée par le camp du « oui » qui a poussé une majorité
d'électeurs irlandais à ratifier le traité de Lisbonne à l'occasion d'un
référendum resservi et imposé.


Les électeurs irlandais n'ont pas voté :


a) Sur le contenu du traité de Lisbonne mais sur l'appartenance à l'UE,
b) sur la base de la peur d'un isolement politique, ils ne disaient pas «
oui » au même traité que celui qu'ils ont rejeté l'année dernière, et
c) sur la base de promesses d'emplois et de relance économique que le camp
du « oui » n'a cessé de mettre en avant, pour les tromper, en leur faisant
croire que cela serait possible s'ils votaient « oui ».


Ainsi l'establishment politique irlandais totalement décrié, qui a ruiné
notre pays, a fait le choix par stupidité et par peur de lier l'Irlande et
la plupart des pays d'Europe à une constitution anti démocratique.


Cette année, l'Irlande subira une diminution de près de 10% de son produit
économique, le déficit public atteindra 12 % du PIB, le chômage sera de
14% de la population active et du flux net d'émigration.


Nous acceptons et respectons le résultat d'un second referendum sur le
traité de Lisbonne, comme un fait, mais on ne peut attendre de personne de
l'approuver ou de le reconnaître, ni politiquement, ni moralement. Ce
résultat n'a pas de véritable légitimité politique, quel que soit le
pourcentage de votants, du fait de la manière frauduleuse et non
démocratique dans laquelle s'est déroulé le référendum, ce qui en fait un
cas unique parmi les quelques 30 referenda qui ont eu lieu dans le cadre
de la constitution irlandaise depuis son adoption en 1937.
Bénéficiant des moyens financiers sans limite mis à disposition par la
commission de Bruxelles, les partis politiques du parlement européen, le
gouvernement irlandais et les entreprises privées, le camp du "oui" a
dépensé vingt fois plus que celui du "non", dans une campagne référendaire
unique dans l'histoire moderne de l'Irlande, du fait des remises en cause
massives de la loi référendaire.


Le caractère illégal de cette campagne s'est manifesté dans au moins six
domaines :


1)     l'intervention de la commission européenne, mobilisant de grandes
sommes d'argent pour influencer l'opinion irlandaise dans le sens du « oui
», créant un site internet dans le but de contrer les arguments du « non »
et les appels lancés par le président de la commission, Barroso (2) et
d'autres commissaires européens, leurs équipes, au cours de leurs visites
en Irlande. Cela est illégal du point de vue des lois européennes, étant
donné que la commission n'a aucune compétence en matière de ratification
de nouveaux traités, une compétence qui est du ressort exclusif des Etats
membres, selon leurs propres procédures constitutionnelles. La commission
n'a pas hésité à offrir des billets gratuits de Bruxelles à Dublin à des
personnes venant promouvoir le « oui ».


2)     Le financement des affiches et de la publicité par voie de presse
de la plupart des partis en faveur du "oui", par leurs partis frères du
Parlement européen, alors qu'il est illégal, du point de vue de la loi
irlandaise, de recevoir des dons extérieures au pays pour un référendum,
et même su point de vue de la législation européenne qui dit que les fonds
alloués par le parlement européen à des partis politiques transnationaux
sont réservés à la réalisation de documents, évitant la propagande
partisane.


3)     L'utilisation illégale par le gouvernement irlandais de fonds
publics pour diffuser auprès des électeurs une carte postale avec les soit
disant « assurances » données par le conseil européen, complétée quelques
temps après par une brochure contenant un résumé tendancieux des
dispositions du traité de Lisbonne, ces deux initiatives étant contraires
au jugement de 1995 de la cour suprême irlandaise (jurisprudence McKenna,
du nom de la députée indépendante qui a acté en justice en 1995 sur cette
question. ndlt) qui stipule qu'il est inconstitutionnel pour le
gouvernement d'utiliser de l'argent public pour essayer d'obtenir un
résultat particulier dans le cadre d'un référendum.


4)     L'échec de la commission nationale de contrôle du referendum à
mener à bien sa mission conformément à la loi référendaire en matière
d'explication à apporter aux citoyens sur les changements que les
amendements constitutionnels proposés introduiront dans la constitution
irlandaise. Au contraire, le responsable de la commission, le juge Frank
Clarke, a transformé la commission en instrument de la propagande
gouvernementale, le juge se livrant à plusieurs soliloques à la radio,
dans les journaux, apportant des explications erronées sur les
dispositions du traité de Lisbonne, outrepassant du même coup les
prérogatives qui lui confère la loi référendaire.


5)     De grosses sommes d'argent ont été dépensées par des sociétés
privées, tel Intel et Raynair pour promouvoir le "oui", sans limitation
d'aucune sorte, ce qui peut être contraire à la législation sur les
sociétés et la fiscalité des entreprises et ce qui constitue une violation
majeure des droits démocratiques.


6)     Violations des règles en matière de communication qui stipulent que
les médias doivent adopter une attitude équilibrée vis-à-vis de toutes les
parties intéressées quant à la couverture des questions faisant l'objet
d'un débat public. Newstalk 106, qui appartient à Mr Denis O'Brien,
supporter engagé en faveur du « oui » a fait preuve d'une partialité
affichée dans ses programmes d'actualité.


En juin, la cour constitutionnelle allemande a déclaré que les principes
de base de la démocratie exigeaient le contrôle parlementaire sur les
ministres des Etats membres de l'UE dans l'exercice des pouvoirs qui leur
étaient conférés par le traité de Lisbonne, comme par exemple la «
procédure de révision simplifiée » (article 48 du traité de l'UE) qui
permet que certaines questions politiques soient soumises au vote à la
majorité, au lieu de la règle de l'unanimité, sans qu'il ne soit
nécessaire de conclure de nouveaux traités ou de passer par un référendum.


L'Allemagne a instauré ces mécanismes de contrôle parlementaire en
septembre. L'Irlande en a fait de même en votant l'amendement
constitutionnel pour lequel les citoyens ont voté hier. Il faudrait
maintenant demander, à travers des actions en justice, que des mécanismes
de contrôles parlementaires similaires soient instaurés dans autant de
pays membres de l'UE que possible, dans le but de défendre ce qui reste de
démocratie en Europe.


Si, malgré tout, le traité de Lisbonne passe et s'applique dans tous les
Etats de l'UE, faisant des 500 millions d'habitants de véritables citoyens
de l'UE, cela fera de la question de l'indépendance nationale et de la
démocratie, les questions centrales des politiques européennes pour les
prochaines années, et pas seulement en Irlande, dont l'histoire a été
largement marquée par la lutte contre les arriérés d'une citoyenneté
imposée par un autre pays.


Le deuxième referendum sur le traité de Lisbonne a mis à nu la banqueroute
des principaux partis politiques d'Irlande. Il y a un vide dans la
politique irlandaise, comme c'est le cas dans beaucoup d'autres pays de
l'UE, quand tous les partis politiques « établis » se retrouvent d'un seul
côté et que la majorité des citoyens se retrouvent de l'autre.


Beaucoup de citoyens ne sont aujourd'hui tout simplement pas représentés.
La période qui s'ouvre verra très certainement des tentatives de combler
ce vide, que ce soit en Irlande ou ailleurs. »

Notes
(1) Le collectif CAEUC est composé de quatorze organisations :
Communist Party of Ireland, Community & Workers Action Group, Éirígí,
Irish Anti-War Movement, Irish Republican Socialist Party, Irish Socialist
Network, Peace & Neutrality Alliance, People Before Profit, People's
Movement, Sinn Féin, Socialist Party, Socialist Workers Party, Workers
Party.

Le parti de droite "Libertas" qu'on peut qualifier de neoliberal et qui
s'est présenté aux européennes a également fait campagne pour le « non »,
mettant surtout en avant la question du maintien d'un commissaire européen
irlandais. Il a obtenu satisfaction jusqu'en 2014


(2) Le 21 septembre, Barroso, en visite à Limerick, une ville
particulièrement touchée par les fermetures des usines électroniques, n'a
pas hésité à annoncer une aide de l'UE de 14,8 millions d'euros pour les 2
400 ex-employés irlandais du fabricant américain d'ordinateurs Dell qui
avait annoncé en début d'année la fermeture de son usine dans cette ville,
avec 1 900 suppressions d'emplois à la clé.

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Published by cdrm - dans Divers Textes
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