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15 mai 2009 5 15 /05 /mai /2009 10:44

CONTRE LA RÉVOLUTION CUBAINE,

C’EST TOUTES TENDANCES CONFONDUES

 

Par Jacques-François Bonaldi

 

A lire certaines analyses – même bien intentionnées, les moins nombreuses, certes – des relations entre la Révolution cubaine et l’Empire étasunien, on a l’impression que leurs auteurs font une fixation sur l’époque la plus immédiatement contemporaine, à savoir les huit années de George W. Bush (2001-2009). Attention ! Il ne faudrait quand même pas faire retomber toutes les fautes sur ce président, aussi pervers et exécrables qu’ils aient été, lui et son gang de mafieux et de tortionnaires par sous-fifres interposés, sinon on risque de s’interdire une vraie compréhension des rapports ayant TOUJOURS existé entre la Révolution cubaine et les administrations étasuniennes, toutes tendances confondues, depuis maintenant cinquante ans. La « marque de fabrique » de Bush, pour ainsi dire, c’est d’avoir exacerbé à l’extrême tous les facteurs ayant servi de soubassement à la politique obsessionnellement maladive de Washington depuis 1959 envers son petit et plus proche voisin.

 

Pour ne prendre qu’un exemple très récent, l’inscription pour la nième fois de Cuba sur la liste du State Department épinglant les « pays parrainant le terrorisme » n’est pas une invention de Colin Powell ni de Condoleezza Rice, les deux secrétaires d’État de Bush. Ni sur les moultes autres listes similaires. Ce genre de jeu remonte à bien avant. J’avoue avoir oublié qui les a inventées pour poser le gouvernement étasunien en juge de l’univers (l’Etat terroriste par excellence jugeant ses victimes !), mais là n’est pas l’important. Je tiens à rappeler que Clinton a régné lui aussi huit années à la Maison-Blanche (1993-2001), et que les relations avec La Havane, loin de s’améliorer, se sont dégradées, alors que, pourtant, l’ « ennemi communiste » avait disparu, que l’avenir souriait de toutes ses dents au capitalisme triomphant (la fameuse « fin de l’Histoire »), que les tensions internationales étaient donc moindres et que la donne stratégique mondiale avait changé du tout au tout, devenant infiniment favorable aux ennemis des « forces de progrès », comme on disait quand il existait encore un mouvement communiste international digne de ce nom.

 

Trois   ans à peine après son entrée à la Maison-Blanche (1996), Clinton signait la fameuse Loi Helms-Burton, l’une des plus punitives et des plus extraterritoriales qui soient, concoctée et rédigée par la mafia terroriste cubano-américaine (FNAC, ou Fondation nationale cubano-américaine) et par les avocats de Bacardi, pour faire rendre gorge au trublion qui, six ans après l’effondrement du communisme est-européen, s’entêtait à croire qu’il pouvait exister de meilleurs lendemains hors du capitalisme.

 

Du néoconservateur Bush père au néolibéral Clinton, rien n’avait changé pour Cuba : les terroristes de Miami continuaient d’avoir les coudées franches pour agir, la mafia de Miami continuait de faire la loi et le droit en matière cubaine ; la Loi d’ajustement cubain continuait d’engloutir son lot de victimes dans le golfe de Mexique ; la loi Torricelli, votée en 1992, continuait de sévir et d’empêcher, entre autres rétorsions, les filiales étrangères de sociétés étasuniennes de faire du commerce avec Cuba ; le département d’État  maintenait intacte la manœuvre annuelle de ses prédécesseurs à la Commission des droits de l’homme de Genève pour y faire condamner Cuba. Etc., etc., etc., comme dirait Raúl et Fidel… La liste serait interminable. Bref, tout était à l’identique.

 

Ce n’est pas non plus Bush qui a inventé « l’après-Castro » avec sa fameuse « Commission présidentielle pour aider à libérer Cuba » (le vrai sens de son intitulé officiel : « Commission présidentielle d’aide à Cuba libre), son proconsul chargé de veiller à son implantation une fois les carottes cuites, et son énorme Rapport de 2004 qui détaille jusque dans ses moindres détails sur cinq cents pages ce que devra redevenir l’île que les médias ne pourraient plus qualifier – ouf ! – de « communiste » pour être réintégrée dans le giron de la civilisation politique judéo-chrétienne. Non, là encore, Bush n’a fait que pousser jusqu’à la caricature la plus ridicule et la plus cruelle la politique que Clinton (et ses prédécesseurs) avait mise en place avant lui. Car la loi Helms-Burton contenait non seulement un durcissement du blocus économique, commercial et financier en place depuis 1962, mais aussi une sorte de première mouture de ce que Cuba devait être après la chute du castrisme : le « rapport Clinton » de 1996 n’est pas aussi détaillé que le « Rapport Bush » de 2004 (avec sa version corrigée et révisée 2006), mais il partait des mêmes tenants et cherchait les mêmes aboutissants.

 

Sous Clinton tout comme sous Bush Jr., la mafia terroriste cubano-américaine de Miami continuait de faire la loi et de dicter la politique cubaine (ou plutôt « anticubaine ») de la Maison-Blanche. C’est justement à cause de cette latitude de manœuvre qu’elle s’arrangea pour, ainsi dire, « coincer » Clinton au tournant. Elle peaufina l’épisode des avionnettes de « Hermanos al rescate » (Frères à la rescousse) du 24 février 1996 – date historique choisie à dessein, puisque c’est ce jour-là de 1895 que reprenait la guerre d’Indépendance cubaine organisée par José Martí – pour pousser Clinton dans ses derniers retranchements, parce qu’elle s’était bien rendue compte que le bonhomme ne risquerait pas sa vie à défendre les derniers remparts de ses principes et qu’il lui serait assez facile de lui faire manger au râtelier de l’aile terroriste de Miami le picotin d’avoine dont il avait dit ne pas vouloir.

 

Son épouse d’alors et de maintenant et actuelle secrétaire d’État d’Obama vient d’ailleurs d’évoquer cet épisode, le 22 avril dernier, devant une sous-commission du Sénat : « Je me rappelle bien quand ces deux petits avions, désarmés, qui ne faisaient rien d’autre que de larguer des tracts, ont été abattus par le régime castriste. » La mémoire fortement sélective ou oublieuse d’Hillary Clinton prêterait à rire si les choses n’étaient pas si sérieuses : car le département d’Etat, la Maison-Blanche, les autorités pertinentes et les organes chargés de faire respecter la loi (comme on dit en anglais) étaient parfaitement au courant de la provocation absolument « annoncée » que Basulto, chef de Frères à la rescousse, préparait avec deux autres « petits avions désarmés » contre La Havane. Je ne vais pas retracer l’épisode. Toujours est-il que si l’administration Clinton n’avait pas été si tolérante envers les terroristes de Miami et avait interdit le décollage des trois Cessna (à usage militaire), d’autant que le « régime castriste » l’avait avertie, à bout de patience (ce n’était pas le premier vol, loin de là), des conséquences si la bande à Basulto survolait une nouvelle fois La Havane, les relations entre les deux pays auraient poursuivi sans plus leur mauvais train-train habituel.

 

La mafia de Miami n’attendait que ça : criant au crime, poussant des cris de putois, elle exerça de très fortes pressions sur l’administration et le beau Bill – sans trop rechigner, ma foi – signa la Loi Helms-Burton. Si violatrice du droit international que l’Union européenne (encore Communauté) fit semblant de prendre la mouche et de montrer les dents, menaça de présenter le cas devant le tribunal de l’OMC, puis y renonça après que Clinton lui passa la main dans le sens du poil et promis – juré craché – qu’il allait tout faire pour arranger les choses… Ce qu’il ne fit jamais, bien entendu. La Communauté européenne n’allait tout de même pas se fâcher avec la « Grande Démocratie », alliée et amie, pour un « régime communiste » qui refuse, qui plus est, de passer sous les fourches caudines… ! 

 

Et les choses empirèrent tant et la mafia terroriste de Miami avait à ce point les coudées franches que les infiltrations armées à Cuba reprirent et que Posada Carriles et les siens purent préparer « en toute quiétude » en 1997 leur campagne de sabotages et de plasticages contre les hôtels de La Havane.

 

Je rappelle (et j’ai bien plus de mémoire qu’Hillary Clinton) que ce n’est pas Bush, mais Clinton qui a fait arrêter, juger et condamner les cinq Cubains infiltrés dans les groupes terroristes de Miami justement pour les empêcher – puisque la police étasunienne ne le faisait pas – de poser des bombes et de causer de nouvelles victimes.

 

Une arrestation d’autant plus ignominieuse que Clinton était parfaitement au courant de tout et qu’il a agi avec, dirai-je, un manque de noblesse étonnant. Mais qu’attendre d’un politicien du sérail étasunien ? Je reprends donc brièvement les faits.

 

Les Cinq avaient informé les autorités cubaines que des groupes de la mafia terroriste de Miami – dont Orlando Bosch, gracié par Bush père, l’auteur intellectuel avec Posada Carriles du sabotage en plein vol, le 6 octobre 1976, d’un avion de passagers cubain (le premier attentat de ce genre dans le monde occidental ; bilan : 73 morts) – avaient décidé de saboter les avions – étasuniens, donc – qui assuraient les rares vols avec La Havane. L’affaire était si grave et les menaces si sérieuses que, dans le droit fil d’une politique dont la Révolution cubaine ne s’est jamais départie : pas de morts d’innocents, Fidel décida d’en avertir les autorités étasuniennes au plus haut niveau : le président en personne. Il écrivit personnellement à Clinton pour le mettre au courant des faits et demanda à Gabriel García Márquez, qui devait justement se rendre à Washington pour être reçu à la Maison-Blanche, de tout faire pour remettre la lettre à son destinataire, sinon en mains propres, du moins aux meilleures mains possibles. García Márquez s’acquitta de sa mission le 6 mai 1998, remettant le message urgent de Fidel à l’un des proches conseillers de Clinton, lequel l’assura qu’il lui en parlerait. En fait, poussant l’élégance politique à un degré peu courant de nos jours, Fidel se ravisa et décida finalement, non d’écrire une lettre en bonne et due forme à Clinton mais de lui faire parvenir, pour ne pas le compromettre et le contraindre à une réponse, une sorte de mémorandum officieux.

 

Le voici :

 

« RÉSUMÉ DE CE QUE J’AI DIT À GABRIEL GARCÍA MÁRQUEZ

« À TRANSMETTRE CONFIDENTIELLEMENT AU PRÉSIDENT CLINTON.

« Point 1 (textuel).

« Une question importante. Les plans d’actions terroristes contre Cuba se maintiennent : ils sont financés par la Fondation nationale cubano-américaine qui utilise des mercenaires centraméricains. Deux nouvelles tentatives de faire exploser des bombes dans nos installations touristiques ont déjà eu lieu avant et après la visite du pape. Dans le premier cas, les auteurs ont pu échapper et regagner l’Amérique centrale par avion sans avoir atteint leur objectif, et après avoir abandonné les moyens techniques et les explosifs qui ont été saisis. Dans le second cas, trois mercenaires ont été arrêtés, avec les explosifs et les autres moyens. Ils sont de nationalité guatémaltèque. Pour chaque bombe posée, ils toucheraient mille cinq cents dollars.

 

« Dans les deux cas, les mercenaires ont été engagés et équipés par des agents du réseau créé par la Fondation nationale cubano-américaine. Celle-ci prévoit maintenant – et agit dans ce sens – de poser des bombes à l’aller ou au retour dans des avions de ligne cubains ou dans des avions d’autres pays desservant Cuba à partir de pays latino-américains. La méthode est similaire : poser le dispositif de petites dimensions à un endroit occulte de l’avion, un puissant explosif, un détonateur contrôlé par un chronomètre numérique pouvant être programmé jusqu’à quatre-vingt-dix-neuf heures à l’avance, les auteurs descendant normalement de l’avion à leur arrivée. L’explosion se produirait à terre ou en plein vol ensuite. Des agissements vraiment diaboliques : des mécanismes faciles à monter, des composantes quasiment impossibles à repérer, un entraînement minime, impunité quasi-totale. Extrêmement dangereux pour des lignes aériennes, des installations touristiques ou autres. Des instruments utilisables pour des crimes et des délits très graves. Si ces possibilités se divulguent et se finissent par être connues, ces méthodes peuvent se convertir en une épidémie, comme cela s’était passé autrefois dans le cas de détournements d’avions. D’autres groupes extrémistes d’origine cubaine vivant aux USA commencent à agir dans ce sens.

« Les organes de police et de renseignements des États-Unis possèdent assez d’informations dignes de foi sur les principaux responsables. S’ils le voulaient vraiment, ils pourraient avorter à temps cette nouvelle forme de terrorisme. Il est impossible de la freiner si les États-Unis ne remplissent pas leur devoir élémentaire de la combattre. On ne peut en laisser la responsabilité qu’à Cuba seule. N’importe quel autre pays du monde pourrait très bientôt être victime de ces actes. »

 

Clinton semble s’alarmer assez pour que des contacts secrets s’engagent deux jours après entre les deux gouvernements et pour qu’une délégation du FBI – Washington ayant demandé des preuves des allégations de Fidel – arrive finalement à La Havane le 15 juin1998 (un petit mois plus tard, donc) pour s’entretenir de l’affaire avec les autorités cubaines compétentes. Qui continuent de prendre l’affaire si au sérieux (ce n’est pas pour rien qu’elles travaillent depuis alors quarante ans à déjouer les actes terroristes peaufinés à l’étranger) qu’elles remettent au FBI un épais dossier contenant les faits et gestes, les noms et coordonnées, des terroristes ayant quasiment pignon sur rue à Miami. Une bonne partie de ces données provient des renseignements fournis par les Cinq :

15 juin 1998. La délégation du FBI arrive à La Havane pour soutenir des contacts avec les autorités cubaines.

 

16-17 juin 1998. Plusieurs réunions à La Havane entre experts cubains et fonctionnaires du FBI sur la question des plans d’attentats terroristes. La délégation du FBI reçoit une abondante information documentaire et testimoniale. Celle-ci comprend 64 folios fournissant des éléments d’enquêtes sur trente et un actes et plans terroristes contre Cuba de 1990 à 1998. La Fondation nationale cubano-américaine, impliquée dans la plupart de ces actions, a organisé et financé les plus dangereuses, en particulier celles commises par la structure terroriste que Luis Posada Carriles dirige en Amérique centrale. Les documents remis incluent aussi des listes détaillées et des photographies des armements, des explosifs et des moyens saisis à chaque opération. 51 folios contenant des informations sur l’argent apporté par la FNCA à différents groupes terroristes pour qu’ils puissent réaliser des actions contre Cuba ; ainsi que les enregistrements de quatorze conversations téléphoniques de Luis Posada Carriles au cours desquelles celui-ci informe d’actions terroristes contre Cuba ; des informations permettant de localiser Posada Carriles, telles que les adresses de ses lieux de résidence, des endroits qu’ils fréquentent, les caractéristiques de ses voitures et leurs plaques d’immatriculation en El Salvador, au Honduras, au Costa Rica, en République dominicaine, au Guatemala et au Panama ; ainsi que les transcriptions de huit conversations de terroristes arrêtés à Cuba dans lesquelles ils révèlent leurs liens avec Posada Carriles.

 

Les fonctionnaires du FBI ont aussi reçu 60 folios contenant les fiches de quarante terroristes d’origine cubaine, dont la plupart vivent à Miami, y compris des renseignements concernant leurs coordonnées. Ils ont aussi emporté trois échantillons, de deux grammes chacun, de substances explosives utilisées dans les bombes désamorcées avant leur explosion à l’hôtel Meliá Cohíba le 30 avril 1997 et dans un microbus de tourisme le 19 octobre 1997, ainsi que de l’engin explosif saisi sur deux terroristes guatémaltèques le 4 mars 1998.

 

Ils ont aussi reçu cinq cassettes vidéo et huit cassettes audio contenant les déclarations des terroristes centraméricains arrêtés pour avoir posé des bombes dans les hôtels : ils y révèlent leurs liens avec des organisations terroristes cubaines opérant aux USA, et en particulier avec Luis Posada Carriles.

 

Les choses semblent donc sur bonne voie. Mises au courant de ces plans terroristes, avec bonnes et dues preuves à l’appui comme elles les réclamaient, les autorités étasuniennes qui se disent vivement inquiètes vont prendre les mesures pertinentes pour y couper court. Une fois de plus, la Révolution cubaine a joué cartes sur table, a même pris de gros risques face à l’ennemi juré au nom du meilleur bien des deux populations.

 

Mais là encore, entre une Révolution dont les principes politiques et éthiques ne sont pas lettres mortes comme toute son histoire le prouve, et un Empire qui, comme chacun sait et comme le démontre à nouveau l’Histoire, n’a pas d’amis, seulement des intérêts, il y a un fossé que rien ne peut combler. On sait la suite. Ou plutôt on devrait la savoir si les médias transnationaux « politiquement corrects » n’avaient imposé le black-out le plus rigoureux et le plus prolongé qui soit sur cette affaire depuis maintenant plus de dix ans.

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Published by cdrm - dans Solidarité
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