SOUTIEN AU SOULÈVEMENT POPULAIRE ÉGYPTIEN
!
DEHORS LE RÉGIME POLICIER DE MOUBARAK !
(Déclaration de l’URCF)
La Révolution
tunisienne a constitué et encouragé le lancement du processus actuel de révolutions de libération nationale dans le monde arabe contre les régimes dictatoriaux, néo-colonisés et soumis à
l’impérialisme.
En Egypte, les
manifestations initiées depuis mardi dernier se sont transformées en soulèvementpopulaire à l’échelle de tout le pays : Le Caire, Suez, Alexandrie.
Les affrontements
sont violents : fort des 850 000 hommes des troupes de police (formées par le « savoir-faire » de la police française), le régime Moubarak a toujours opposé la répression auxlégitimes
revendications populaires. Les forces de sécurité ont tiré à balles réelles sur les manifestants.
La répression a
fait plus de 100 morts et 2000 blessés par balles ou matraquage.
Le peuple insurgé
a fait preuve d’une très haute détermination et d’héroïsme en brisant, sous les balles,les barrages de policiers et en les isolant les uns des autres à Suez. Les sièges du parti (PND) du
dictateur Moubarak ont été incendiés, ainsi que des commissariats. Lors des manifestations de soulèvement, vendredi, des fraternisations ont eu lieu avec des militaires comme dans toute
révolution.
Les heures qui viennent vont constituer un affrontement décisif entre la
révolution populaire montante et la contre-révolution armée pro-impérialiste.
Le régime Moubarak : une dictature capitaliste
militaro-bureaucratique
Associé à
l’Internationale socialiste (cette dernière « récompense » ainsi les relais de l’impérialisme) comme l’était le parti de Ben Ali, le parti au pouvoir en Egypte n’est que la feuille de vigne d’un
régime dictatorial subordonné totalement aux objectifs stratégiques de l’impérialisme US et de ses alliés.
L’Egypte a adopté
un cours anti-palestinien de fait en se faisant, dans le monde arabe, l’interprète du colonialisme sioniste : reconnaissance de l’État d’Israël, fermeture de la frontière égyptienne lors de la
guerre contre Gaza, et ainsi contribution du régime Moubarak au blocus assassin des Israéliens, érection d’un mur séparant l’Egypte de Gaza et donc volonté d’écraser la révolution palestinienne
en affamant la population et en la privant de médicaments.
Cette politique de
véritable valet de l’impérialisme lui vaut les fonds de la honte de 2,2 milliards de dollars, accordés chaque année par Washington pour « services rendus ».
La politique de
Moubarak, poursuivant celle de El Sadate, s’est inscrite dans la rupture avec l’antiimpérialisme de Nasser et avec ses axes nationaux-démocratiques.
Moubarak s’est
fait le champion de l’application des plans d’austérité du capital financier international par les plans d’ajustement structurel exigés par le Fonds Monétaire International et la Banque
mondiale.
Les conséquences
économiques et sociales sont dramatiques, avec la suppression des prix subventionnés des produits de consommation courante, la hausse galopante de l’inflation, la
paupérisation de
la majorité du peuple, les privatisations tous azimuts, le chômage touchant plus de 30 % de la population (17 %, selon les statistiques du régime !).
Si l’Egypte est au
deuxième rang en Afrique pour son PNB, elle se situe au 14ème rang en ce qui concerne le niveau de vie sur ce même continent, ce
qui illustre le caractère particulièrement parasitaire du capitalisme égyptien.
La structure
économique de ce pays est celle d’un État capitaliste dépendant de type néo-colonisé. Un tiers de la population est agricole et vit sous le joug des nouveaux grands propriétaires fonciers apparus
après Nasser grâce à la politique dite de « libéralisation de la terre » avec « ouverture aux capitaux transnationaux » et soumission ainsi aux intérêts des monopoles internationaux
agro-alimentaires.
La réforme agraire
de Nasser a été liquidée, et le capitalisme règne en maître, avec des survivances féodales à la campagne : fermage (le paysan paye une redevance au propriétaire) et métayage (paiement au
propriétaire d’un bail de 5 ans pour le paysan).
La classe ouvrière
regroupe, selon les statistiques, entre 17 à 20 % de la population active. Elle est sous le joug d’un régime liberticide ayant annulé les conquêtes sociales du régime de Nasser.
Les libertés
syndicales sont inexistantes : avec l’interdiction de former une confédération nationale, seul est légal le syndicat maison dans chaque entreprise. Cependant, elle fait montre d’une combativité
héroïque, comme le prouvent les grèves « sauvages » pour le droit syndical et le respect de la sécurité et l’amélioration des conditions de travail, y compris en lien avec le soulèvement en
cours, notamment à l’usine Helwan.
Le reste de la
population est occupé dans les « services », avec le tourisme et l’hypertrophie de l’appareil d’État qui a pour but de corrompre les couches moyennes et d’assurer de bons revenus aux forces de
police notamment.
En effet, l’État
et sa machine apparaissent comme un corps étranger et parasitaire. L’armée - dont sont issus les principaux dirigeants, Moubarak, le nouveau nominé à la vice-présidence Souleiman (récent chef des
services secrets et homme lige de toujours de Moubarak), ainsi que le nouveau premier ministre Chafik, tous de l’armée de l’air - a toujours été choyée par le régime, car elle constitue son
principal point d’appui.
L’armée possède de
nombreuses entreprises suite aux privatisations, ce qui donne au capitalisme égyptien une tonalité militaro-bureaucratique. De plus, ses cadres sont formés par l’US army.
Quelle va être son
attitude, alors que Moubarak et Souleiman comptent sur la répression militaire ouverte ? Est-elle divisée par les privilèges accordés à l’armée de l’air ? Y a-t-il des soldats et gradés
influencés par le nassérisme, ce que prouveraient les images (partielles ?) de fraternisation avec le peuple ? Avec le cours accéléré des évènements, l’opinion démocratique internationale sera
fixée rapidement.
Le régime Moubarak
opère une censure impitoyable des médias ; ainsi ces jours derniers, les 500 journalistes, venus du monde entier, sont enfermés au centre de presse gardés par des forces de police, sans grande
protestation des États capitalistes ! Internet et les divers blogs sont régulièrement coupés.
Les partis
politiques sont tous voués aux dures lois de la clandestinité. Le régime et la presse évoquent souvent le danger émanant des islamistes des « frères musulmans », mais n’est-ce pas aussi comme en
Tunisie, un moyen de justifier la dictature et la terreur anti-populaire ?
Le Parti
Communiste Egyptien agit dans des conditions extrêmement difficiles : décimé par la féroce répression anticommuniste du régime national-démocratique de Nasser, ce parti a dû surmonter bien des
épreuves.
L’URCF exprime ses
sentiments fraternels de solidarité avec le PCE, et lui souhaite de pouvoir s’exprimer au grand jour, afin d’apporter sa contribution au processus révolutionnaire-démocratique.
Les manoeuvres de l’impérialisme contre le peuple égyptien
Si la révolution
tunisienne a enthousiasmé le peuple égyptien, les spécificités de la situation égyptienne ne doivent pas être perdues de vue.
L’Egypte est un
maillon incontournable de la politique impérialiste nord-américaine et du colonialisme sioniste.
Rappelons aussi
que Moubarak co-préside « l’Union pour la Méditerranée » avec Sarkozy. Cette structure, qui associe des régimes arabes à Israël, vise à créer une sorte de marché commun entre États d’Europe du
sud avec l’aval de Washington, et avec le but caché de l’impérialisme français de concurrencer l’influence allemande sur l’UE.
Son sommet avait
coûté la bagatelle de 16,6 millions d’euros, soit 5 500 euros par convive !
Cette « Union »
n’a guère de consistance pour l’instant, et de plus elle a été affaiblie par le
renversement de
Ben Ali.
Les puissances
impérialistes, échaudées par les évènements de Tunisie, agissent avec une prudence verbale toute diplomatique, mais n’en affirment pas moins leur soutien au régime Moubarak, appelé à «
promouvoir le dialogue, les réformes et la retenue (sic !) dans la défense de l’ordre public ».
Le premier
ministre israélien Nethanyaou ne cache pas la couleur : « Israël doit
préserver la paix (la pax americana. Note
de l’URCF) et l’équilibre de la région ».
En effet, toute la
semaine, des discussions ont eu lieu à la Maison Blanche entre le maréchal de l’air égyptien Tantawi et l’administration Obama.
Washington a
précisé que l’Egypte « est un allié extrêmement important
». Tantawi n’a pas caché ses inquiétudes à ses
interlocuteurs et a déclaré « sans répression, le régime sera
défait ». Il a insisté sur le danger causé
par les « frères musulmans », apporté son soutien à la lutte « anti-terroriste » d’Obama, et demandé à ce dernier de nouvelles armes et équipements !
C’est sans doute
là qu’a été établi le plan B de Moubarak visant à nommer Souleiman vice-président, avec la formation d’un nouveau gouvernement du parti au pouvoir.
La chute du régime
Moubarak constituerait une défaite majeure pour l’impérialisme US, ses alliés et l’État sioniste ; elle renverserait un régime anti-palestinien, principal soutien de la politique de «
normalisation » voulue par Israël, les USA, la France de Sarkozy.
Le spectre d’un
soulèvement national palestinien grandirait pour conquérir son droit indéfectible à un État indépendant et libre.
Les revendications
populaires des Egyptiens sont claires : conquête de la démocratie et de la
souveraineté
nationale. Dans les manifestations apparaissent les portraits de Nasser et du Che, ainsi que des slogans anti-impérialistes : « US go Home ! », « Mort à l’impérialisme américain ! »
La bourgeoisie
égyptienne est inquiète, ce qui se traduit par la chute de la bourse du Caire. La bourgeoisie de ce pays est expérimentée et poursuit une double politique :
•
1ère option : Si le soulèvement se poursuit, aller vers une révolution
bourgeoise de type Kémaliste.
L’Internationale
communiste qualifiait ainsi les révolutions, comme en Turquie, qui détournent la colère populaire et instaure une République bourgeoise autoritaire sans véritables réformes
démocratiques.
L’homme de cette
politique est El Baradei, qui a appelé au départ de Moubarak. Ancien contrôleur nucléaire de l’ONU, El Baradei a obtenu le prix Nobel de la paix, il est aussi connu pour avoir refusé de
reconnaître l’existence d’armes de destruction massive en Irak, prétexte au déclenchement de la guerre anglo-américaine. Cette position signifiait une opposition à l’administration Bush, pas à
l’impérialisme américain. Ses positions sont clairement bourgeoises : « Si nous parlons de l’Egypte, il y a un arc en ciel de gens qui sont conservateurs, libéraux
orientés vers le marché ». El Baradei
propose de prendre la tête d’un gouvernement de transition après le départ de Moubarak. Cela dit, sa popularité est faible dans son pays.
• La
2ème option qui semble se dessiner depuis les dernières vingt-quatre
heures est le recours à la répression militaire. L’armée, à l’heure où nous écrivons, occupe les principales artères des grandes villes, Moubarak a visité ce matin un centre opérationnel
militaire.
La vigilance
s’impose, pour l’opinion démocratique internationale, afin d’empêcher le recours à la force militaire.
L’URCF exprime sa
solidarité totale à l’égard du peuple égyptien, lui souhaite plein succès dans son combat révolutionnaire et démocratique pour les libertés fondamentales politiques et syndicales, pour ses
revendications économiques et sociales.
L’Egypte renaîtra
avec le renversement du régime dictatorial de Moubarak, par la victoire de la révolution nationale-démocratique, qui instaurera la démocratie, la réforme agraire et la propriété du peuple, en
assurant la liberté et l’indépendance de ce grand pays.
Vive le peuple frère d’Egypte
!
Dehors le régime assassin de
Moubarak !
URCF, le 30 janvier
2011
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